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Publié par Anne

Image issue du site alternatives-agriculturelles.fr

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La plupart de nos contemporains s'affirment promptement volontaires pour polluer moins et agir pour préserver notre planète. C'est dans l'air du temps. Bien-pensant. Mais lorsqu'on leur propose d'agir en ce sens, et, notamment, de passer aux toilettes sèches... bien souvent les nez se plissent, les regards deviennent fuyants, et on parle vite d'autre chose... Bref : il n'y a plus personne !

C'est fou, ce mépris/rejet que nous éprouvons/exprimons envers nos "pipi caca", qui ne sont somme toute que le produit de l'achèvement de la loi naturelle des cycles. Fou ? Non, c'est humain... Tristement humain.

Car l'être humain, dans sa présomption habituelle, celle qui l'a mené dans l'impasse où il se trouve aujourd'hui, refuse d'être confronté à sa triviale réalité : nous mangeons de la viande achetées toute prête dans les rayons aseptisés de nos supermarchés, dont nous préférons lâchement ignorer qu'elle a appartenu à un animal élevé dans des conditions parfois atroces, gavé de produits chimiques en tous genres, et tué de façon tout aussi indigne. Et que dire des produits transformés, des compotes en portions individuelles à boire, des croquettes de poisson pané, de tout ce qui nous fait oublier l'origine de notre alimentation : la terre, la plante, le fruit, l'animal.

Le tout emballé dans du rarement-recyclable, soit dit en passant.

Dans ce rejet du "trivial", du "pas ragoutant", et donc ce déni de la réalité, il faut être bien propre sur soi, avoir une apparence irréprochable. Ne jamais laisser échapper une odeur de transpiration, ni un bruit des toilettes. Le corps n'est plus là que pour servir l'image de soi. Il doit servir, séduire.

Mais tout ça, c'est dans la tête. Ce ne sont que des projections, des déformations. Ça n'a rien à voir avec la vie, ni avec les lois naturelles ! Ces lois naturelles dont nous nous sommes détournés jusqu'à nous enfoncer dans les erreurs dramatiques qui, aujourd'hui, nous sautent à la figure et mettent notre humanité en péril.

Et cette relation au corps partiale, biaisée, fait partie de ses erreurs. Il n'y a rien de honteux à  éliminer naturellement les éléments liquides et solides que le corps n'a pas utilisé. C'est même, au contraire, très sain, et nous devrions être reconnaissant que cette admirable mécanique fonctionne si bien, et de manière autonome !

Non, nos excréments ne sont pas "dégoûtants", ils sont ce qu'ils sont : les résidus du cycle qui nous a maintenu en vie. Et ils peuvent être utiles, encore, en s'inscrivant dans un autre cycle, celui du "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" de la nature. LA loi qui régit l'univers tout entier.

Alors, quoi de plus logique et de plus naturel que de rendre à la terre ce qu'elle nous a donné ? De faire notre part dans ce cycle universel ?

Dans la nature, tout est équilibre, tout est compensation. Par la respiration, nous consommons de l’oxygène, et nous rendons du dioxyde de carbone. Lequel sert à son tour d'aliment aux plantes. Par la digestion, nous consommons de la nourriture, et nous rendons des excréments... lesquels peuvent - et devraient - aussi servir d'aliment aux plantes qui sont à la base de tout ce dont nous nous nourrissons.

Quel sens cela peut-il avoir d'utiliser de l'eau potable - et donc traitée à grand frais et à grand renfort de produits chimiques - pour évacuer de notre vue nos excréments et les "traiter" à leur tour sans les faire passer par la case "retour à la terre" comme l'exige le respect des lois naturelles ? Et ce alors que nos sols cultivés n'ont jamais été si pauvres en matière organique, au point que nous les les gavons d'intrants chimiques sans lesquels ils ne pourraient plus rien produire ?

L'être humain, au lieu de soutenir la vie, semble vouloir à tout crin l'éradiquer. Il annihile le potentiel nourricier de ses excréments et détruit inlassablement ses sols, alors qu'il serait si simple et sain d'utiliser les uns pour nourrir les autres ! 

Autrefois, le fumier ne manquait pas, et pourtant il était précieux. On n'en gaspillait pas une miette. Les maraîchers parisiens partaient le matin avec leur carriole pleine de légumes à vendre sur les marchés, et revenaient avec un chargement de fumier. Et, ainsi, leur production était assurée sans aucun besoin d'intrant chimique, et leurs sols se portaient bien. Rien ne se perdait, pour le bénéfice de tous. 

Les choses sont ce qu'elles sont au niveau de la planète et de l'humanité. Mais nous avons encore ce pouvoir, individuellement, d'agir à notre niveau. A commencer par changer de regard sur nos déjections et d'y voir le point d'aboutissement et de départ de merveilleux processus naturels. Nous pouvons contribuer à nourrir les sols qui nous nourrissent, au même titre que tous les autres éléments qui forment l'humus ! N'est-ce pas une perspective enthousiasmante ?!

Donc, les toilettes sèches sont un pas important à faire pour concrétiser notre volonté d’œuvrer pour préserver notre planète, pour agir dans le bon senset non plus de manière insensée et délétère.

Les articles sont légions sur internet, qui expliquent comment les toilettes sèches fonctionnent, et qui dénoncent les idées reçues - pour ceux qui s'inquiètent des odeurs et autres "désagréments" potentiels. Je ne vais donc pas épiloguer sur le sujet. Ce que j'aspire à mettre en exergue par cet article, c'est ce premier pas d'initier une démarche authentique et utile - pour ne pas dire nécessaire, si révélatrice de qui nous sommes, en vérité, et ce que nous voulons vraiment.

Question confort, certes utiliser des toilettes sèches demande un peu plus d'effort que de tirer la chasse d'eau. Il faut notamment gérer l'approvisionnement en sciure ou autre matière carbonée, et sortir le "seau à caca", comme disent certains jeunes de ma connaissance pour aller le vider sur le compost. Gérer ensuite ce compost en le retournant de temps en temps, en y ajoutant des déchets de cuisine et des déchets verts pour l'équilibrer. Rien de compliqué, ni de bien chronophage. C'est même plus simple et rapide que de sortir son chien ! Ça maintient en forme, et ça fait prendre l'air. Et surtout, c'est tellement gratifiant d’œuvrer enfin, concrètement, pour commencer à s'aligner avec ses aspirations. Ça permet de se sentir acteur des processus naturels, relié à nouveau avec la nature qui nous accueille et nous nourrit. 

C'est beau ! Une impression joyeuse et légère que je souhaite de vivre à chacun.

Les citadins pourront rétorquer que, pour eux, ce n'est pas accessible... Mais c'est faux. Il y a tout à fait moyen d'organiser des ères de compost par quartier, ou même - soyons ambitieux - de revoir complètement les systèmes de tout-à-l’égout, d'avoir recours à la phyto-épuration, etc. Imaginez, si on se retrouvait autour du tas de compost de son quartier - proche du jardin partagé, bien sûr - comme les femmes se retrouvaient/retrouvent autour du puits, cela n'aurait que l'avantage de récréer du lien social et de nourrir le sentiment d'appartenance à une même communauté, à un même monde. Comme nous aurions à y gagner !

Si notre volonté est sincère d'agir pour retrouver notre dignité d'humain respectueusement inséré dans son environnement,  il n'y a aucun problème à utiliser des toilettes sèches... rien que des petits challenges enthousiasmants, des solutions et de la gratification. Mais c'est là, justement, que le bât blesse : que voulez-vous vraiment ? Quel est le degré de sincérité de votre souci écologique ? Cette question des toilettes sèches est typique pour révéler le décalage entre l'image de soi, ce que l'on croit/ ce que l'on prétend, et ce que l'on veut vraiment... car, le plus souvent, ce que l'on veut vraiment, c'est la facilité ! C'est-à-dire ne pas faire l'effort de changer : ni ses habitudes, ni son confort. Et même pas son regard partial et injustement dédaigneux/dégoûté sur nos propres excréments.

Alors, où en êtes-vous, vous ? A quand vos toilettes sèches ?

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